De la musique de chambre du (très) jeune Mendelssohn

9 Mai 2013

Mendelssohn n’est sans doute pas apprécié à sa juste valeur en France. On le considère généralement comme un compositeur qui est là, un très bon compositeur, certes, mais on ne se précipite pas pour jouer ses œuvres et son nom ne déclenche pas souvent de réactions admiratives comme peut le faire, par exemple, celui de Schubert. Je fais à dessein le rapprochement des deux, car il me semble que l’un comme l’autre a développé une écriture qui tient à la fois du romantisme et du classicisme — toutes proportions gardées. D’ailleurs, j’ai souvent entendu reprocher à Mendelssohn son excès de classicisme. J’y entends plutôt, pour ma part, un romantisme très maîtrisé formellement. Il est vrai qu’il émane aussi de sa musique un certain bien-être — ce qui est impardonnable, car la musique vraiment belle doit être au moins mélancolique, si ce n’est triste, désolée, dévastée, etc.

Heureusement, tout le monde ne pense pas ainsi, et l’on trouve tout de même de quoi s’abreuver, discographiquement parlant, à la source mendelssohnique.


Dès l’âge de dix ans, Felix a appris la composition, auprès du maître Zelter, et sont sorti de sa plume, avant même les chefs-d’œuvre que sont l’Octuor op. 20 et l’ouverture pour Le Songe d’une nuit d’été (il avait seize ans), plusieurs pièces intéressantes sont sorties de sa plume et qui ne trahissentn nullement la jeunesse de la main qui les a écrites. C’est à certaines de ces œuvres de jeunesse que le disque dont j’aimerais vous entretenir est dédié.

Complétant, en quelque sorte, la fameuse intégrale du Concerto Köln des Symphonies pour cordes, et un assez récent disque du Freiburger Barockorchester consacré au concerto pour piano et cordes en la mineur de 1822 et au Double Concerto pour violon et piano en mineur de 1823 (Harmonia Mundi, 2011), la Van Swieten Society, ensemble néerlandais sur instruments anciens, s’est penchée sur la musique de chambre des mêmes années : Trio pour violon, alto et piano en ut mineur de 1821, Sextuor pour piano et cordes en majeur et Sonate pour clarinette et piano en mi bémol majeur, tous deux de 1824.

Dès les premières mesures de l’ample premier mouvement du Sextuor qui ouvre le disque, j’ai été frappé par la séduction de la musique comme de l’interprétation de la Van Swieten Society : la qualité mélodique, le soin apporté à l’instrumentation, et l’équilibre de l’ensemble font de l’ensemble du Sextuor une très belle pièce.

De dimensions plus modestes, le Trio pour violon, alto et piano surprend d’abord par son instrumentation, puisqu’à l’habituel violoncelle s’est substitué un alto. Bart von Oort, qui tient ici la partie de piano, émet l’hypothèse qu’il s’agit peut-être d’une réduction de symphonie pour cordes, s’appuyant en particulier sur le caractère peu développé de l’écriture pianistique. Que cela ne nous trompe pas : l’équilibre est ici aussi au rendez-vous, comme dans le Sextuor, et l’écriture se fait extrêmement lisible. Il émane de l’ensemble de l’œuvre une impression d’intimisme et de finesse.

Quant à la Sonate pour clarinette et piano, je dois dire que j’en ai été très agréablement surpris, ayant personnellement, pour être honnête, plutôt tendance à fuir la clarinette (et à regretter que les œuvres écrites pour elles n’aient pas été confiées au hautbois). Pourtant, j’ai écouté et j’écoute encore cette sonate avec plaisir. Il s’agit véritablement d’une sonate pour clarinette et piano, où aucun des instruments n’est cantonné à l’accompagnement de l’autre, mais où tous deux dialoguent et se complètent avantageusement.

La qualité du son et du phrasé de Frank van den Brink à la clarinette n’est évidemment pas pour rien dans cette agréable surprise, et il joue avec beaucoup de délicatesse et de finesse. Ce sont d’ailleurs les deux qualités essentielles de toute la Van Swieten Society : une honnêteté dans le jeu, une absence d’effets et d’excès et une certaine douceur qui concourent à donner à tout le disque une impression de simplicité, voire d’évidence, très agréable. Tout au plus certains pourrons souhaiter davantage d’engagement, de passion, mais tel quel, le résultat m’a déjà paru plus que satisfaisant.

Je conseille donc volontiers à ceux qui ont envie d’entendre un peu plus de Mendelssohn.

Felix Mendelssohn
Early Chamber Music

Van Swieten Society
Bart van Oort, pianoforte

Quintone, 2009. Ce disque peut être acheté ici.

Extraits proposés :
1. Sextuor pour piano et cordes, 1. Allegro vivace
2. Trio pour violon, alto et piano, 3. Adagio
3. Sonate pour clarinette et piano, 3. Allegro moderato

Rédigé par L’Audience du Temps

Publié dans #Felix Mendelssohn, #Domaine germanique, #Musique de chambre, #Van Swieten Society

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