La Folle Journée et son prolongement : le piano américain de Shani Diluka

31 Mars 2014

« Ce qui frappe immédiatement à New York, c’est le nombre incroyable de choses qui s’y passent. Je me souviens qu’à Seattle, s’il y avait une exposition de peinture moderne, elle durait, disons, un mois, et c’était la seule ; nous allions la visiter souvent, nous y réfléchissions, nous en parlions, nous échangions nos opinions. On jouait de la musique, et on avait même le temps de jouer à de simples jeux. Rien de tel à New York. Il y a tellement d’expositions de peinture, de concerts, de cocktails, de représentations théâtrales, de coups de téléphone, bref, un tel flot ininterrompu d’activité que c’est un miracle de ne pas y perdre la tête. »

John Cage, Confessions d’un compositeur, traduit de l’anglais par Élise Patton, Allia, 2013, p. 36.


John Cage, In a Landscape

Cela ne vous aura pas échappé : je n’ai pas encore beaucoup parlé de ce que j’ai entendu à la Folle Journée de Nantes — alors même que j’avais indiqué qu’il y aurait une suite à la première chroniqué. C’est que je distille. Il y a l’évènement, les concerts, et ce que l’on en peut dire et transmettre. À cet égard, les disques comptent beaucoup. Depuis février, donc, je distille de la musique américaine. Je crois que le moment est venu de vous en livrer un peu.

Beaucoup de mélomanes, aujourd’hui, on une véritable réticence envers la mussique contemporaine, ou même, plus précisément, pour de larges pans de la musique du XXe siècle. Or, cela est bien injustifié, car il y a, en réalité, un peu de tout, et on aurait du mal à mettre dans le même panier John Adams et György Ligeti, par exemple, sauf à tout mélanger. Écoutez par exemple cette pièce :


John Adams, China Gates

Elle est très représentative de l’ambiance du concert que donnait Shani Diluka, qui, cherchant à faire écho au roman Sur la route de Kerouac — lisant même quelques phrases —, avait puisé des pièces aussi bien chez Copland que chez Keith Jarrett, chez Philip Glass comme chez Bill Evans… Et l’on se laissait porter dans ce voyage doux, rêveur, servi par un toucher raffiné — c’est vraiment le qualificatif qui me paraît le plus approprié — et un sens aiguisé de la ligne mélodique.

Qualités que l’on retrouve au disque, magnifiée par la proximité de la prise de son. Les extraits du roman qui étaient dits en concert se retrouvent dans le livret pour laisser toute la place enregistrée à la musique — avec des pièces supplémentaires —, et le disque s’écoute sans qu’on le sente passer… Certes, on pourra arguer qu’un peu plus de contrastes ne nuirait pas, mais tel quel, Road 66 séduit et sera le moyen, pour beaucoup, de découvrir au cœur de la musique américaine XXe siècle des ambiances qu’ils n’y soupçonnaient pas. Un choix judicieux, donc, pour le “disque officiel” de la Folle Journée.

Le jeu très maîtrisé et très équilibré de Shani Diluka sert admirablement les pièces choisies. Elle excelle à véritablement chanter les mélodies comme à mettre en valeur les spécificités d’écriture — ici polyphonique, là plus harmonique, et à générer une atmosphère véritablement envoûtante. Revenant à ce disque, à chaque fois ç’a été un grand plaisir, un plaisir satiné.

Road 66
Shani Diluka, piano
avec la participation (pour une piste) de Natalie Dessay.

Mirare, 70’, 2013. Ce disque peut s’acheter directement sur le site de Mirare.

Rédigé par L’Audience du Temps

Publié dans #John Cage, #John Adams, #piano, #Shani Diluka, #Mirare

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