Quelques disques pour finir l’an

21 Décembre 2013

En décembre, c’est bien connu, on fait des palmarès et des rétrospectives des publications de l’année.

En cliquant sur les pochettes des disques, vous serez renvoyés, non pas du blog, mais à une éventuelle chronique consacrée au disque, qui contient un extrait. Certains disques n’ont pas été chroniqués à L’Audience du Temps (ou pas encore), mais je n’ai pas jugé que ce fût une raison suffisante pour ne pas les faire figurer ici.

Trois qu’il ne faut pas râter

Le disque qui s’est, peut-être, le plus fait remarquer, est certainement le nouvel opus de l’ensemble Correspondances. Consacré à Marc-Antoine Charpentier, il propose une version de référence de deux œuvres d’une grande beauté : le Miserere H. 193 et les Litanies à la Vierge H. 83. Avec une véritable information historique sur les œuvres autant qu’une connaissance profonde de la musique, Sébastien Daucé et son ensemble nous donnent de ces œuvres une vision lumineuse. On ne reste pas insensible à la beauté des timbres, à la clarté des articulations et globalement du phrasé, à la noble sobriété, au souffle de la ligne d’ensemble qui animent cette lecture.

Voilà un disque qui n’a pas été très bien reçu par la critique française — et je ne dirai pas qu’on se demande pourquoi, puisqu’on le sait très bien : il s’écarte nettement des sentiers battus. Plutôt que de proposer une interprétation dans la lignée des Deller et autres, La Rêveuse et Jeffrey Thompson ont lu avec attention les textes des songs et jeté un coup d’œil du côté de l’histoire britannique ; ils ont trouvé beaucoup de violence et des images fortes ; d’où un chant souvent excessif, et véritablement baroque, aux contrastes puissants, comme une forme d’expressivité brute. La critique française n’aime pas cela — tant pis pour elle ! Voilà qui nous invite à réfléchir sur une certaine standardisation de l’interprétation de la musique ancienne. C’est un disque très attachant. Les moins audacieux se hâteront de se procurer le consacré à Buxtehude et Reincken par le même ensemble, disque épuisé mais qui se trouve encore çà et là, et qui ravit tout autant que son petit frère.

Je n’ai pas pris le temps encore de rendre justice au bel enregistrement du Nabucco de Falvetti par la Capella Mediterranea, mais il fait clairement partie des évènements de l’année discographique. Si certains ont fait la fine bouche en trouvant l’œuvre « moins bonne » que le Diluvio universale du même compositeur, je ne partage absolument pas leur avis. Au contraire, les deux œuvres sont assez différentes, et j’ai une certaine tendresse pour ce Nabucco moins spectaculaire, mais dont bien des pages sont superbes, à commencer par l’introduction peignant le fleuve Euphrate. Les trios des enfants de la fournaise méritent également toute l’attention de l’auditeur, et que dire de l’air «Tra le vampe» chanté par Caroline Weynants ! Leonardo García Alarcón a su tirer un excellent parti de la partition, et l’on ne saurait réduire — j’en reparlerai — son travail de maître à l’ajout de percussions et d’instruments à vents “orientaux”. Je suis frappé par les équilibres qui règnent partout dans cette lecture : équilibre des parties de l’œuvre, équilibre de la polyphonie, des instruments et des voix, équilibre des tempos… On aurait tort de s’arrêter à la séduction première qui se dégage de cet enregistrement, car au-delà de cette brillante surface (et je ne nie pas l’importance de la surface), une profondeur captivante.

Deux autres

Ce n’est pas tout à fait un « deuxième choix », mais ce sont plutôt des disques excellents qui souffrent de quelques défauts.

Ce n’est pas tous les jours que l’on enregistre une intégrale d’un opéra de Rameau, et encore moins d’une œuvre peu connue. Pour cette raison, d’abord, Les Surprises de l’amour par Les Nouveaux Caractères méritent que l’on s’y arrête. La partition est foisonnante, l’écriture riche et terriblement inventive. Certes, le livret est assez inintéressant… Certaines voix ne m’ont pas plu, d’autres, au contraire, ont opéré une grande séduction. L’orchestre est le grand vainqueur : tous les pupitres sont superbes, avec une belle palette de couleurs et de nuances, un sens affiné de la dynamique jamais tapageuse, et un continuo exceptionnel. Le tout sous la direction souple et savante de Sébastien d’Hérin. En 2014, Rameau aura quitté ce monde depuis 250 ans ; c’est assurément l’occasion d’y jeter une oreille plus attentive ! Trois extraits sur le site de Glossa, dont un de mes airs préférés, « O Diane », excellemment chanté

Un disque qui a été très attendu, mais qui a été un peu gâché par une prise de son discutable et un léger flottement au départ d’un des mouvements. Il n’empêche, à la tête de son Orchestra of the Eighteenth Century, Frans Brüggen livre une belle version de la symphonie “Italienne”, et, véritable splendeur surtout, une “Écossaise” des plus émouvantes. Si vous aimez Mendelssohn, c’est certainement un disque auquel il faut jeter une oreille.

Et deux qui ne sont pas nouveaux

Je viens aussi à mettre en avant des disques qui ne sont pas des nouveautés — tout simplement parce qu’un disque ne cesse pas d’exister quelques mois après sa parution, et il est bon que l’on y revienne.

L’année 2014 marquera le tricentenaire de la naissance de Carl Philipp Emanuel Bach. L’occasion, peut-être, de revenir à cette version essentielle des sonates pour viole de gambe du maître de l’Empfindsamkeit, dans la version qui, sans doute, leur rend le plus justice. Parce que Vittorio Ghielmi se joue de toutes les difficultés et domine les trois partitions avec un aplomb technique et une compréhension musicale sans faille, et parce que son frère Lorenzo Ghielmi est le partenaire idéal, qui ne se content pas d’accompagner dans l’ombre mais tient réellement sa partie — et à côté du prince des violistes, il faut pouvoir ! —, enfin parce qu’il y a ce merveilleux pianoforte de Silbermann — dont, rappelons-le, J. S. Bach a été l’un des premiers critiques, et a eu à la fin de sa vie un exemplaire chez lui —, pour toutes ces raisons, la version de Ghielmi et Ghielmi est essentiel et détrône sans la moindre hésitation les autres réalisations, plus ou moins récentes, de ces sonates.

Cette année, j’ai découvert Boccherini — ou plutôt, j’ai découvert ce qu’il y avait de bon en lui, car j’en avais été un peu dégoûté par un disque de trios un peu fades. Je craignais de m’ennuyer un peu avec ces Sonates pour clavecin avec violon obligé, et au début, je me suis demandé dans quoi je m’embarquais… Mais Emilio Moreno et Jacques Ogg sont de fins musiciens. Il faut un peu de temps pour s’habituer à l’équilibre subtil qui se crée entre les deux instruments, et à la parfaite sobriété de leur interprétation, qui se révèle en fait expressive, mais sans effets de manche. Une des sonates peut être écoutée ici.

Et encore plus !

Bien sûr, il faudrait en relever encore bien d’autres ! Le temps me manque… Alors je vous propose d’en retrouver quelques-uns ici, simplement sous forme d’image. Il y a des nouveautés de l’année, des choses plus anciennes… En tout cas, que de l’exceptionnel.

Rédigé par L’Audience du Temps

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