Chroniques d’Ambronay (II) : Radio Antiqua

12 Octobre 2013

Depuis 2010, Ambronay, qui n’est pas seulement une abbaye ou un festival, mais aussi un Centre culturel, a mis en place un dispositif de Résidences Jeunes Ensembles. Des ensembles sont accueillis en résidence à l’abbaye, qui leur met à disposition, outre le logement, des salles de répétition, et les ensembles sont ensuite invités à donner un concert dans le cadre du festival. Les plus chanceux sont même conviés pour une seconde résidence qui est l’occasion d’enregistrer un disque, lequel paraît dans une collection dédiée — celle qui au lieu du contour noir en a un orange.

Deux volumes ont paru pour l’instant dans cette collection : le premier disques de l’ensembles Les Ombres, et le premier des Esprits Animaux. Les observateurs attentifs remarqueront qu’Ambronay a suivi ses ensembles et leur a également permis d’enregistrer leurs seconds disques, des Nations de Couperin dans le cas des Ombres, et un programme composite dans le cas des Esprits Animaux.

Ce qui, à mon sens, manquait cependant à ces réalisations, c’était un peu d’audace en terme de répertoire ; pour exemples, le disque Telemann des Esprits Animaux ne contient que des pièces bien connues et plusieurs fois enregistrées par ailleurs. De même, quel dommage, du côté des Ombres, d’aller choisir Circé, l’une des seules cantates de Colin de Blamont qui avait déjà été enregistrée…

Mais ce paysage est mouvant, et le troisième volume qui paraîtra bientôt — et les festivaliers ont pu l’avoir déjà — dans la collection orange, et dont je reparlerai, me paraît plus décisif.

Pour l’heure, c’est d’un autre jeune ensemble, lui aussi explorateur de répertoire délaissé, que je vais vous entretenir. Fondé tout récemment, en 2012, par des étudiants du Conservatoire royal de La Haye et de la Hochschule für Musik de Munich, Radio Antiqua s’intéresse à des compositeurs assez rarement joués.

Le programme que l’ensemble proposait à Ambronay, samedi 28 septembre à 17 heures dans la salle Monteverdi, explorait la musique de la cour de Dresde. Il est sans doute impossible de ne pas évoquer le nom de Vivaldi, dont un concerto, d’ailleurs très bien choisi, est donné — mais on aurait tort de s’y limiter, comme l’a fait récemment un autre ensemble bien connu, et Radio Antiqua ne tombe pas dans cet écueil. La Hofkapelle de Dresde, au dix-huitième siècle, a été l’un des orchestres les plus fameux de son temps, accueillant parmi ses membres des musiciens de premiers plans, comme Weiss ou Pisendel. Des Italiens aussi, comme Veracini et les frères Besozzi, y sont passé, apportant une touche de cosmopolitisme. Et l’on trouve aussi, dans les archives musicales de Dresde, de la musique française. Les mêmes archives conservent également une très grande quantité de musique de chambre,

Pour offrir une manière de panorama, il y a cinq pièces, et cinq compositeurs : outre Vivaldi, donc, on trouve le cher Telemann, Antonín Reichenauer, Francesco Maria Veracini — qui a fait un bref séjour à Dresde, où il a eu quelques démêlés —, Schaffrath — qui n’a pas réellement pu y faire carrière, trouvant mieux sa place dans le milieu berlinois.

Toutes les pièces sont intéressantes et même assez différentes, allant du duo — la très belle douzième Sonata accademia de Veracini — au quatuor, avec une pièce inédite de Reichenauer, qui dormait dans une collection privée et qu’Isabel Favilla, bassoniste de l’ensemble, n’est pas parvenue sans mal à se procurer.

Cinq musiciens pour servir ce répertoire original : Isabel Favilla, donc, basson et flûte à bec, Lucia Giraudo, au violon agile et expressif, Petr Hamouz, solide violoncelle, et un continuo fleuri du clavecin de Mariano Boglioli et du théorbe et de la guitare, tous deux sonores et inventifs, de Giulio Quirici.

Tout est excellemment joué, avec une réelle maîtrise non seulement technique — impeccable —, mais aussi rhétorique : il est manifeste que les cinq musiciens parlent à la perfection le langage des pièces qu’ils jouent. Assurément, il y a chez les musiciens de Radio Antiqua un véritable plaisir communicatif à interpréter cette musique, sans jamais en faire ni trop, ni pas assez : les effets ne sont pas soulignés, surlignés, mais ils sont là, dans leur simple efficacité. Avec élégance, en somme, avec franchise aussi.

Voilà assurément un ensemble qui a beaucoup à nous dire, à nous faire entendre, et qu’il faudra suivre. J’espère vivement qu’il sera retenu pour apporter sa contribution, dont il y a tout lieu de penser qu’elle serait de haut vol, à la collection orange d’Ambronay.

Rédigé par L’Audience du Temps

Publié dans #Ambronay, #Georg Philipp Telemann, #Radio Antiqua

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